Romans

Romans

Fier-comme-Artaban Adieu-Raton
Pays basque terre des sept douleurs Roman policier antique Yves de Mellis - Qui a tué Saturninus
Roman sentimental Yves de Mellis - Lucile ou le temps d'aimer Roman science fiction Yves de Mellis - Le ciel est plein de mes aieux
Roman Yves de Mellis - ô saisons ô chateaux Roman Yves de Mellis - Un mal qui répand le terreur
Roman Yves de Mellis - Qui te rend si hardi Roman Yves de Mellis - Je suis noire mais je suis belle

Fier comme Artaban

Artaban-MRÉSUMÉ

L’histoire se déroule à la fin du dix septième siècle. C’est celle de deux couples. Le premier, elle Huguenote, nièce de Sully, lui officier catholique, leur aventure va des dragonnades au pensionnat de jeunes files de Saint Cyr, d’où la jeune huguenote s’enfuit vers la Hollande, puis en Afrique du Sud, aidée par l’officier qui doit se refugier en Angola portugaise. Ils se retrouvent mais sont séparés à nouveau par des trafiquants d’esclaves. L’autre couple, faussement accusé d’un crime, se réfugie en Louisiane, puis en Virginie, enfin en Floride espagnole où la jeune femme convaincue de sorcellerie est condamnée à être brûlée. Son amant, la croyant morte, pour se venger se livre à la piraterie et à la traite des esclaves. Le hasard réunit les deux couples et met un terme heureux à leurs pérégrinations Si le récit doit beaucoup à l’imagination de l’auteur, celui-ci apparenté à la famille des Sully, aujourd’hui éteinte, s’est aussi nourri de quelques récits, recueillis par sa mère au château de Sully, Marie Armande , l’héroïne du livre a réellement existé.

Adieu RATON

Adieu RatonRÉSUMÉ

Dans les dernières années de l’algerie française, une intrigue amoureuse entre une pharmacienne et son jeune préparateur suscite l’hostilité de la société arabe. Cette intrigue se déroule sur fond de révolte sanglante et de répression aveugle.

Pays basque terre des sept douleurs

Pays basque terre des sept douleursRÉSUMÉ

L’auteur a cherché ce qu’étaient devenus ces nationalistes basques avec qui, dans l’effervescence de l’adolescence, il avait refait le monde des centaines de fois. Trois d’entre eux l’avaient particulièrement marqué et, bien qu’il ne les ait pas revus, à partir de certains fait réels, il a imaginé la suite de leurs aventures qui les ont opposés souvent violemment ou au contraire amenés dans l’église sur les traces d’Ignace de Loyola. Une incursion dans le passé lui a permis de relier la lutte actuelle aux guerres carlistes dont le souvenir reste vif à Bayonne.

Yves de Mellis est né à Bayonne où il a fait une partie de sa scolarité. Il y a fréquenté les milieux nationalistes basques qui, dans les années de l’après guerre, étaient en peine ébullition, ce qui lui a valu d’être renvoyé du lycée. Pour lire la suite de la biographie .

José, Eneko, Juanita et Yann font leurs études dans le Pays basque Nord à la fin de la guerre civile et à la veille de la deuxième guerre mondiale.
Après celle-ci, José devient un des dirigeants du GAL et des guérilleros du Christ roi. Juanita, une des dirigeantes de l’ETA. Eneko se fait prêtre et fonde une coopérative qui devient un empire économique. Yann, chirurgien à Bayonne et amoureux de Juanita est entraîné dans les conflits du Pays basque et en particulier de ses trois anciens amis. Un retour en arrière évoque les guerres carlistes qui préfigurent le conflit actuel.

Pour aller sur le site de la Fnac voir la fiche du livre Pays basque terre des sept douleurs cliquez ici

Qui a tué Saturninus

Roman Yves de Mellis Qui a tué SaturninusRésumé

Qui, dans la curie, a tué Saturninus, tribun du peuple, est-ce le sénateur Rabirius, le Gaulois Celtil, père de Vercingétorix, le décurion Macer, le centurion Albinus qui se trouvaient tous dans la curie au moment du meurtre ? Nous sommes sous le consulat de Cicéron, en 64 avant Jésus-Christ. Mais le crime s’est passé trente-six ans auparavant. Catilina et les conjurés aiguisent déjà leurs poignards. Pour réprimer la conjuration, Cicéron a besoin d’obtenir du Sénat les pleins pouvoirs. César, jeune mais déjà ambitieux, ne le veut pas, car Cicéron deviendrait trop puissant. Pour l’en empêcher, il faut prouver que Rabirius dont Cicéron est l’avocat, a commis ce crime. Les crimes d’état, Saturninus étant tribun du peuple, sont imprescriptibles. Cicéron a besoin de témoins, mais trente-six après le crime, beaucoup ont disparu. Les autres sont dispersés dans le monde romain. Quintus, frère de Cicéron, Lucullus le gastronome son ami, partent à leur recherche, à Pompéi, à Ostie en Italie, à Massilia et à Glanum en Gaule, et même à Gergovie, chez le père de Vercingétorix. Mais une épidémie étrange décime ces témoins, sauf le Gaulois, lorsqu’on leur rend visite. Le procès a lieu au champ de Mars, devant le peuple romain réuni qui doit prononcer la sentence. La tâche est ardue pour Cicéron qui écrivit ensuite sa plaidoirie dans le « Pro Rabirio » et qui se fera payer de façon assez surprenante mais digne d’une avocat américain actuel. L’imprescriptibilité de certains crimes est revenue à la mode. Mais peut-on vraiment juger quelqu’un plus de trente ans après ? Quelle valeur ont les témoignages et est-ce le même être que l’on juge ?

Un polar antique qui se déroule dans la Rome antique au temps de Cesar et Cicéron.

Un repas chez Lucullus gastronome avec Cicéron consul, Saturninus Rabirius
Vercingétorix, le jeune Anarchasis à PomPei et à Massillia…

Un vrai roman policier antique et une intrigue digne de ce nom.

Qui a tué Saturninus Extrait N°1

– J’arrive de chez Proculus les Gaulois sont partis ce matin à L’aube. – Ont-ils dit où ils allaient?. – Ils ont réglé entièrement l’aubergiste et assuré qu’ils regagnaient la Gaule. Le jeune Vercingetorix renonce à faire ici ses humanités. La vie à Rome lui déplaît. Il fait trop chaud les rues sont étroites et encombrées. Il a besoin d’air pur et d’espace. – S’ils fuient aussi promptement c’est que le vieux est mêlé au meurtre. – Ou probablement, dit Quintus qu’il est le meurtrier. S’il avait bonne conscience quelle raison aurait-il de partir à l’aube aussi vite et probablement d’aller aussi loin. – Il faut le rattraper, Quintus. – Il ne sont pas seuls, Marcus. Proculus m’a dit qu’il y avait avec lui un groupe de Gaulois. Certains étaient même logés dans d’autres auberges car il n’y avait pas assez de place chez Proculus. D’après lui ce sont des chefs importants dans leurs tribus, peut-être même des rois, Ils sont venus avec une escorte. Celle-ci est repartie avec eux. – Quintus, je vais préparer un ordre consulaire. Tu vas prendre avec toi la troisième cohorte de cavalerie. Elle appartient à une légion qui campe sous les murs de Rome et sera vite prête. Sais-tu quelle direction ont pris les Gaulois? – Ils se sont dirigés vers le champ de Mars, ils ont du sortir par la porte flaminia. Je vais réveiller les légionnaires et nous partirons sur le champ. Avec un peu de chance nous les surprendrons à l’aube avant qu’ils aient levé le camp. – Evite si tu le peux de livrer bataille. Nous sommes en paix avec les peuples de Gaule. César serait trop heureux de trouver là un prétexte à une expédition.

Qui a tué Saturninus Extrait N°2

– Maintenant, Labienus et vous Quirites, écoutez bien la suite. Je vous rappelle que tous les témoignages concordent sur un point. Tous les témoins ont vu sortir Saturninus sur une civière avec un poignard planté dans le dos. Le mort était bien mort mais personne ne pouvait voir son visage qui reposait sur la civière. Saturninus n’était pas le seul à être entré dans cette pièce, il y avait aussi Labienus l’ancien. Sans doute était-il un personnage moins important mais personne n’évoque la sortie du cadavre de Labiénus. Moi je vous dis que l’homme au poignard planté dans le dos n’était pas Saturninus. C’était ton oncle, tribun, qui faisait ainsi sa sortie, escorté par Rabirius qui lui a ensuite emprunté sa tête. – Et Saturninus se serait évaporé! s’écria Labienus. – Non, tribun, Calpurnia était dans la pièce quand Saturninus est entré le premier, hagard, avec la meute à ses trousses. Je ne connaissais pas l’ancienne Curie mais il existait ou une porte de sortie ou un, placard dans l’épaisseur du mur dans lequel on rangeait les instruments de nettoyage, ou plus probablement une trappe donnant accès dans une cave comme c’est le cas dans la Curie actuelle. Calpurnia a eu le temps d’y dissimuler son amant. – C’est ridicule, on aurait revu Saturninus. – Saturninus ne tenait pas à ce qu’on le revoit. Marius lui avait promis un jugement régulier. Il savait très bien quelle serait l’issue de ce jugement après sa révolte contre l’autorité consulaire et tu le sais très bien, Labienus, toi qui veut condamner à mort Rabirius pour un crime imaginaire trente sept ans après. Tu connais la sévérité de nos lois qui font la force de notre République. Calpurnia a attendu la nuit et quand la Curie a été déserte, elle a fait sortir Saturninus. Celui-ci séance tenante a quitté Rome et est allé se cacher dans les montagnes. – Où il doit être encore, dit le tribun. Alors qu’on nous le montre. Calpurnia, si Cicéron a dit vrai , dis-nous où est aujourd’hui Saturninus? – Il est mort, il y a dix ans, dit Calpurnia. Laissez moi en paix je n’en peux plus. Elle vacilla et s’effondra dans les bras d’un des gardes qui l’entourait. – Elle a perdu connaissance, dit celui-ci – Qu’on suspende les débats, dit Labiénus, jusqu’à ce qu’elle ait reprit ses esprits. Il faudra qu’elle nous dise pourquoi elle a dissimulé une partie de la vérité. Qu’on aille chercher le médecin de la Curie et qu’il prenne avec lui ce qu’il faut pour la ranimer. Le tribun descendit de son estrade, les Quirites des premiers rangs se levèrent pour se dégourdir les jambes, des groupes se formèrent et entamèrent des conversations animées. Cicéron suivit Labienus des yeux et vit qu’il s’était approché de César et de Crassus qui semblait le morigéner et lui donner de nouvelles instructions. – Hortensius, dit-il, il ne faut pas que Calpurnia témoigne à nouveau. Cela ne peut que compliquer la situation qui pour l’instant est limpide. Il faut qu’on procède au vote maintenant. – Que peut-elle dire de plus? – Des choses fort gênantes pour Rabirius. – Même le prêteur ne peut arrêter les débats.

Editions LA BARTAVELLE – 2006

2006 ISBN 2-87744-814-2

Prix public : 22,00 €

Lucile ou le temps d’aimer

Roman Yves de Mellis Lucile ou le temps d'aimerRésumé

Michel est élevé par ses grands-parents à Flossinge, une propriété située dans l’Occitanie du Languedoc et d’Albi en pays cathare. Lucile qui porte le même prénom que la soeur de Chateaubriand, est de quelques années plus âgée que lui, et habite une propriété voisine. Une amitié passionnée ne tarde pas à naître mais Lucile est une adolescente et Michel un enfant. A son grand désespoir, Lucile se marie avec Anselme, l’oncle de Michel, un bel officier aussi brillant que creux. Sophie, une lointaine cousine allemande chassée par l’occupation russe se réfugie à Flossinge. Sophie est aussi brillante et sensuelle que Lucile est réservée et mystique. Elle devient la maîtresse de Michel qui pourtant ne cesse d’adorer la trop vertueuse Lucile. Anselme remercié par l’armée sombre dans une folie mélancolique et tire sur Michel au cours d’une partie de chasse. Lucile est sur le point de céder à Michel quand Anselme met le feu à Flossinge. Lucile préfère tuer Anselme que de le voir interné comme fou. Après ce crime, Lucile ne peut plus être à Michel et s’éloigne dans la nuit Mais le personnage le plus important du livre est Flossinge en Occitanie du Languedoc et d’Albi dans le pays cathare, ses forêts, ses collines, ses vallons.


Lucile et Michel habitent dans le Languedoc deux propriétés voisine et jouent souvent ensemble. Lucile est la plus âgée et elle a le même prénom que la soeur de Chareaubriand et comme elle, Lucile a un caractère mystique car elle vit sur une terre aux
confins de la montagne noire marquée par les hérésies catahres, albigeoises, et huguenotes.
Lucile se marie avec un officiers de Spahis, Anselme qui  part dans le sud marocain.
Revenue en France Lucile retrouve Michel et Sophie une lointaine cousine d’une famille exillée en Allemagne lors de l’édit de Nantes

Lucile comme la soeur de Chateaubriand, héroïne d’un roman d’amour  dans l’Occitanie
du Languedoc et d’Albi en pays cathare
et sa cousine Sophie nièce du Kaïser Guillaume II

Lucile ou le temps d’aimer Extrait N°1

Dans la cuisine de Flossinge qui tenait la moitié du rez‑de‑chaussée de la maison, un régiment aurait pu prendre place autour de la table en fer à cheval. Sur le banc de bois rugueux qui la contournait, je vis à l’autre bout de la pièce une forme toute rose et blanche dans des vêtements vaporeux où tout n’était que profusion de chair nacrée et de dentelle immaculée. De cette mousse blanche et capiteuse émergeait comme une fleur la tête blonde de Sophie. Elle était assise à l’extrémité du banc qui rentrait dans le manteau de la cheminée et éparpillait la braise pour faire griller du pain. La braise était d’un rouge ardent, le pain noircissait rapidement et Sophie comme une corolle blanche s’inclinait sur le tout. Je n’avais jamais vu dans Flossinge matinal un aussi gracieux tableau et je baisais la joue parfumée qu’elle ne tendit sans détourner ses yeux de la braise. J’étais heureux de la trouver là, renouvelant pour moi un décor que je croyais immuable ; je m’assis à côté d’elle, nous avions tous deux vingt ans, nos corps étaient frais dans le matin léger et frileux; pour la première fois depuis mon arrivée j’oubliai le sortilège qui semblait peser sur Flossinge. Nous avions des miches de pain rondes et craquantes qui donnaient de larges tranches. Enfant, je descendais souvent subrepticement à la cuisine pour les faire griller et les manger pleines de beurre fondant. Je devais en principe manger à la salle à manger, mais les tartines y arrivaient refroidies et sèches au lieu d’être moelleuses, les pores de la mie tout imbibés de beurre à demi fondu. Grand-mère les mangeait ainsi, dures, les faisant craquer comme des cailloux, avec du thé, sans doute parce que cela faisait anglais et que tout ce qui était anglais n’était pas discutable, car dans son esprit, il ne vivait dans ce pays que des gentlemans pleins de distinction. Elle pensait de même que tous les Italiens étaient maçons et tous les Espagnols ouvriers agricoles. Elle connaissait cependant, chez les Espagnols des gens très remarquables, comme les Medina‑Celi qui étaient nos voisins l’été sur la côte basque, mais alors ils avaient toujours le genre anglais. Mais si je n’avais pas d’avis sur les Anglais, j’avais horreur du thé, aussi ces acomptes sur les braises de la cheminée avaient pour moi une saveur d’autant plus grande qu’ils faisaient partie des choses interdites. J’avais depuis longtemps oublié cette odeur de beurre chaud et de pain rôtissant sur la braise. Les gestes de Sophie ébranlaient dans ma mémoire ces zones subconscientes où sont concentrés les souvenirs…

Lucile ou le temps d’aimer Extrait N°2

« Lucile, dis‑je, je vais partir demain comme tu le veux, je ne te reverrai plus puisque tu le veux ainsi. Depuis plus de dix ans nous nous aimions, nous parlions des choses simples, de la faim, du sommeil, des récoltes, nous avions le temps devant nous, mais maintenant nous allons nous séparer et il me semble que nous ne nous sommes jamais dit l’essentiel. Rappelle‑toi ce cousin de mes grands-parents qui, se rendant compte qu’il allait mourir, dit à sa femme « il y a quarante ans que nous sommes mariés, dans cinq minutes ce sera fini, c’est dommage, il nous restait tant de choses à nous dire. » Je voudrais trouver une phrase qui résume tout, la robe que tu avais le premier jour, les parties de chasse, les bains, les voyages dans la Ford, les promenades dans la forêt, je voudrais te dire combien j’étais malheureux tel jour où tu avais la fièvre, combien j’ai attendu ta guérison, combien je suis possédé de toi, tout entier, et que nul prophète ne pourra m’exorciser. Chaque soir, je verrai tes yeux, je sentirai la caresse de ton souffle, l’odeur de ta peau. Ne te voyant plus je vivrai dans mon passé, je referai le compte de ces instants, de tes gestes, de tes paroles, de tes vêtements, de tes vêtements d’été, de tes vêtements d’hiver. Lucile m’avait écouté sans mot dire. Elle tourna sa tête vers moi, ses yeux étaient humides, ses longs cheveux noirs à moitié dénoués par le vent. Je la pris dans mes bras, et pressais ses lèvres contre les miennes. « Michel, je t’ai fui parce que je savais que si tu restais, je n’aurais plus le courage de résister. Aujourd’hui je suis montée sur le Lavandou, j’ai demandé au ciel une chance. Je lui ai dit que j’avais tout fait pour tenir ma parole et que je m’étais torturée moi‑même avec la plus tenace patience, que je te laisserais partir sans un geste, mais que si jamais tu venais me chercher ici avant le coucher du soleil, j’y verrais le signe de son indulgence envers notre amour. Le soleil n’est pas couché, à l’heure où sonnait l’angélus, je t’ai vu surgir de la lavande. Le ciel m’a donné le signe que je lui demandais. S’il ne m’en donne aucun autre avant que le soleil soit complètement couché, je serais à toi pour la vie et un jour tu me diras aussi : »il y a quarante ans que nous nous aimons et il nous reste tant de choses à nous dire. » Le soleil allait disparaître à l’horizon, mus avions devant nous des siècles d’amour. Nous étions enfin l’un devant l’autre après ces longs détours, après nous être meurtris jusqu’à la limite de nos forces. Rien n’existait plus pour nous que cet instant. Le corps de Lucile s’offrait au mien sans honte avec une sorte de hâte avide d’apaiser une soif conçue aux jours lointains de nos premiers baisers. Elle aurait voulu m’offrir plus encore qu’elle même. Je serrais dans mes bras ce corps dont j’avais rêvé pendant des années. Moi qui nourrissais mon attente de baisers fraternels, de sourires, en qui je voulais voir des promesses, moi qui avais limité mes exigences à la voir quelques minutes par jour, j’étais ivre de mon pouvoir sur ce corps qu’hier je rêvais seulement à peine d’émouvoir. Je découvrais sa gorge et sa jeune souplesse, il s’était isolé de moi comme à l’intérieur d’un cercle magique et maintenant je régnais sur son souffle, son émoi, son abandon. J’ai su à cet instant là qu’il existait un univers de plénitude et de bonheur où je pouvais accéder. Lucile me souriait, son visage était contre le mien, ses pupilles agrandies par l’ombre reflétaient le bleu crépusculaire du ciel. Sur un horizon bleu comme la mer, le soleil achevait de mourir. Le vent était tiède, les genêts odorants par vague s’inclinaient jusqu’à nous, des vols d’oiseaux glissaient vers le sud. Les mains serrées sur notre bonheur, nous retenions ces instants qui glissaient comme les oiseaux dans le ciel. Je devinais dans les yeux de Lucile une secrète inquiétude. Elle s’arracha à mes bras et se mit debout. Le soleil venait de disparaître, un froid subit recouvrit la terre et un grand coup de vent balaya les genêts souples. Un autre incendie avait remplacé le soleil. Au milieu de ses bois Flossinge brûlait. Le coup de vent rabattit un instant la fumée sur nous. La maison n’était pas à un kilomètre à vol d’oiseau et nous entendions déjà le crépitement de la flamme. Lucile s’appuya sur moi « C’est Anselme dit elle. Depuis ton accident, il rêve de flammes, il veut se punir, se détruire, partir avec ce qui l’entoure. » Elle un geste de désespoir. « Pardonne-moi Michel, nous ne pouvions être heureux. J’interprétais les signes du ciel pour excuser ma faiblesse mais il m’en envoie d’autres que je ne saurais méconnaître, tu le vois bien, tout est impossible entre nous. » Elle avait à peine fini cette phrase qu’elle disparut dans les genêts, descendant la colline à toute la vitesse de ses jambes. « Lucile, criai je, songe, qu’il y a un instant à peine, nous étions heureux. »

Michel est élevé par ses grands-parents à Flossinge, une propriété située dans le Languedoc. Lucile, de quelques années plus âgée que lui, habite une propriété voisine. Une amitié passionnée ne tarde pas à naître mais Lucile est une adolescente et Michel un enfant. A son grand désespoir, elle se marie avec Anselme, l’oncle de Michel, un bel officier aussi brillant que creux. Sophie, une lointaine cousine allemande chassée par l’occupation russe se réfugie à Flossinge. Sophie est aussi brillante et sensuelle que Lucile est réservée et mystique. Elle devient la maîtresse de Michel qui pourtant ne cesse d’adorer la trop vertueuse Lucile. Anselme remercié par l’armée sombre dans une folie mélancolique et tire sur Michel au cours d’une partie de chasse. Lucile est sur le point de céder à Michel quand Anselme met le feu à Flossinge. Lucile préfère tuer Anselme que de le voir interné comme fou. Après ce crime, elle ne peut plus être à Michel et s’éloigne dans la nuit Mais le personnage le plus important du livre est Flossinge, ses forêts, ses collines, ses vallons.

Michel est élevé par ses grands-parents à Flossinge, une propriété située dans le Languedoc. Lucile, de quelques années plus âgée que lui, habite une propriété voisine. Une amitié passionnée ne tarde pas à naître mais Lucile est une adolescente et Michel un enfant. A son grand désespoir, elle se marie avec Anselme, l’oncle de Michel, un bel officier aussi brillant que creux. Sophie, une lointaine cousine allemande chassée par l’occupation russe se réfugie à Flossinge. Sophie est aussi brillante et sensuelle que Lucile est réservée et mystique. Elle devient la maîtresse de Michel qui pourtant ne cesse d’adorer la trop vertueuse Lucile. Anselme remercié par l’armée sombre dans une folie mélancolique et tire sur Michel au cours d’une partie de chasse. Lucile est sur le point de céder à Michel quand Anselme met le feu à Flossinge. Lucile préfère tuer Anselme que de le voir interné comme fou. Après ce crime, elle ne peut plus être à Michel et s’éloigne dans la nuit Mais le personnage le plus important du livre est Flossinge, ses forêts, ses collines, ses vallons.

Editions LA BARTAVELLE – 2005

ISBN 2-87744-799-8

Prix public : 19,00 €

Le ciel est plein de mes aïeux

Roman Yves de Mellis Le ciel est plein de mes aïeuxRésumé

La conquête de l’espace est achevée. L’homme est devenu immortel et de ce fait la terre trop petite. Aussi, à l’âge de la retraite, doit-il s’exiler sur des planètes de plus en plus lointaines au fur et à mesure de son vieillissement. Des planètes sans végétation, sans enfants, peuplés seulement de vieillards. Petit à petit, ses souvenirs s’effacent et il ne sait plus très bien s’il a vécu ou rêvé sa vie antérieure. La terre devient un éden perdu. Une secte prêche le retour vers l’ancien paradis mais la terre ne peut accueillir ses milliards d’ancêtres. Une conflagration éclate qui détruit la galaxie et l’humanité. Seul un couple réussit à gagner une planète épargnée qui ressemble à la terre et décide d’être les nouveaux créateurs d’un monde idyllique.

Le ciel est plein de mes aïeux Extrait N°1

- Nous sommes seuls, dit Jérôme, seuls dans l’univers ? – Ne suis-je pas avec toi ? Cela ne te suffit-il pas toi qui rêvait de m’avoir toujours à toi. Nous sommes le nouveau couple originel. Le monde commence, … – Tu divagues, qui peuplera cette planète ? – Nous aurons des enfants, chacun d’eux en aura. Il suffit de quatre enfants dans chaque couple pour que dans mille ans ils approchent le milliard. – Mais, s’écria Jérôme, nos enfants seront frères et soeurs ! – Veux-tu ressusciter les tabous des humains ? Ils ne connaîtront ni la honte ni le péché. Le climat de Gaîa est un éternel printemps, les fruits poussent naturellement sur les arbres, les brebis donnent leur lait, les oiseaux leurs œufs La création sera parfaitement réussie. Je reconnais que j’avais un précédent terrestre qui m’a permis d’éviter ses grossières erreurs dont les hommes ont souffert. – Mais que ferons nous ? – Nous regarderons vivre notre création. Nous la guiderons. Nous serons Dieu, Jérôme, les Dieux éternels de cette humanité mortelle. Nous serons deux, un Dieu homme et femme qui manquait à l’humanité ancienne, un Dieu bon puisque cette planète ne contient ni animal sauvage, ni microbe, puisque les êtres mourront sans avoir connu la douleur au soir d’une verte vieillesse. La création, Jérôme, on croit que c’est très compliqué, mais j’ai l’impression que sur la Terre nous avons eu affaire à un débutant. – Mais je n’ai pas envie d’être Dieu, Francesca. – Console-toi, tu ne seras qu’un Dieu consort. – Mais je suis mortel, s’écria Jérôme. – Nous y remédierons.

Le ciel est plein de mes aïeux Extrait N°2

Ranavla enleva son nouveau mari dans ses bras comme un fétu de paille et s’avança vers son appartement. Jérôme encore sous le coup de l’ivresse vit que pour regagner sa chambre elle passait au milieu d’une double rangée d’hommes portant des torches. Chacune des rangées était composée de trente et un de ses maris. La plupart d’entre eux étaient torse nu et vêtus des seuls collants colorés. La lumière des torches et l’ivresse faisaient onduler leurs traits comme s’ils se préparaient à quelques métamorphoses. Ils apparaissaient à Jérôme d’autant plus surprenants que Ranavla le portait comme un enfant et que, la tête renversée et c’est à l’envers qu’il voyait ces créatures étranges. Les deux derniers personnages qui se faisaient face étaient le nain et le géant. La procession se termina entre leurs têtes grimaçantes. La chambre de la reine était plongée dans la pénombre, occupée par un lit immense couvert de fourrures et contenait une volière où s’agitaient des oiseaux multicolores dans un grand froissement d’ailes. Jérôme aperçut également quelques jeunes femmes qui ne portaient pas l’uniforme des tatas ganates mais une tunique courte et légère, agrafée à une épaule, laissant un sein à l’air. Ranavla jeta Jérôme sur le lit qui reçut mollement le corps du jeune homme. Le lit lui parut vaste comme la mer. La reine se débarrassa vivement de ses vêtements et apparut vêtue d’une chemise violette qui tranchait avec sa peau noire. La masse noire et violette s’allongea près de lui, déplia son immensité et le prit dans ses bras. Des mains expertes commencèrent à défaire ses vêtements. – Viens plus prés de moi, dit Ranavla qui avait achevé de le déshabiller. Elle ajouta avec un rire heureux : – Viens, mon petit mortel. Il y a longtemps que je n’ai pas serré dans mes bras un corps vivant de cette vie qui s’agite et frémit sur la Terre. Elle le mordit à l’oreille et lécha la goutte de sang qui coulait. – Je t’ai vite reconnu. C’est là le sang qui coule des blessures pendant les batailles ou après les crimes, c’est aussi celui des règles des femmes fécondes. Si tu ne voulais pas m’aimer, je pourrai le faire couler jusqu’à la dernière goutte, mais il est trop précieux pour le sol de cette planète. Tu as l’odeur de la mer, des moissons, des orages; un instant tu me rends ma jeunesse, tu me fais découvrir que je peux encore aimer. Ne t’éloigne pas, ne te rétracte pas, viens vers moi, je suis une femme et de plus ta reine. Je pourrai ordonner et je supplie presque. N’en es-tu pas ému ? Des trompettes taillées dans des carapaces de lémure annoncèrent l’arrivée du couple princier. Pedro était massif, vêtu d’une tunique sombre faite de plaques de chitine polie et chaussé de bottes qui montaient au dessus des genoux. L’ancien explorateur de la Galaxie, qui avait piloté les vaisseaux les plus sophistiqués de son époque, ressemblait maintenant à un guerrier mérovingien. Elvire était vêtue de blanc et elle apparaissait à côté de la masse puissante et sombre de son mari comme une apparition attirant à elle les rayons de lumière et flexible à chaque souffle du vent. Elle avait pour seul ornement un léger diadème où scintillaient une émeraude, un saphir et un rubis, symboles des trois lumières qui éclairaient les nuits de Protée. Elle donna le signal en jetant sur la foule une rose qui provenait des rosiers du palais, les seuls de la planète. Jérôme devinait plus qu’il ne voyait mais il lui sembla que les jumelles tremblaient dans les mains d’Elvire. Les regards de la foule qui attendait vainement le signal convergèrent vers elle. Le directeur des fêtes se pencha et lui parla à l’oreille . La princesse tressaillit comme si elle sortait d’un songe et jeta la quatrième rose. Les lémures partirent à un train d’enfer. Ils devaient accomplir dix tours de piste. Pendant le premier tour, Pedro et Jérôme restèrent dans le peloton, occupés à s’épier, chacun essayant d’évaluer les possibilités de l’autre. Au deuxième tour, Jérôme accéléra, aussitôt imité par Pedro qui resta à sa hauteur. Au troisième tour, Pedro partit en flèche et franchit le premier tremplin dans un bond gigantesque qui arracha à la foule un cri d’admiration. Jérôme rendit la bride à ses lémures qui déchiraient l’air avec un sifflement. Au second tremplin, il était à la hauteur du prince et c’est lui qui fit le bond gigantesque. Ses roues griffèrent le sable mais ne cassèrent pas. Derrière eux, les autres conducteurs essayaient de forcer l’allure mais ils ne parvenaient qu’à casser des roues et la piste connut bientôt un encombrement d’animaux traînant des chars renversés. Pedro et Jérôme zigzaguaient comme des éclairs entre les obstacles qui s’amoncelaient malgré l’empressement du personnel chargé de les retirer. Au septième tour, ils étaient seuls en piste et celle-ci était enfin dégagée. Jérôme jeta un coup d’oeil sur la tribune. Elvire n’avait pas quitté sa longue vue. L’idée de ridiculiser l’orgueilleux Pedro, ex-grand homme sur la Terre, ex-grand découvreur de planètes, maître de Protée pour l’éternité, sous les yeux de la femme qu’il avait volée à son ami par un assassinat ignoré de celle-ci et qu’il croyait bien enfoui dans la nuit des temps, donnait à Jérôme des ailes. Cette femme avait les yeux de Francesca, le sourire de Francesca qui étaient pour lui les yeux et le sourire de l’amour. Les tremplins se succédaient maintenant de plus en plus vite, les hurlements de la foule semblaient des roulements de tonnerre. Les lémures blancs paraissaient partager la volonté irrésistible de leur maître. La dernière ligne d’arrivée se précipita au-devant de Jérôme et ce n’est qu’une fois celle-ci franchie qu’il se rappela sa promesse à Partenov de laisser le prince franchir avant lui la ligne d’arrivée. Une ovation géante l’accueillit. Les spectateurs debout sur les gradins saluaient l’homme aux lémures blancs. Pedro franchit à son tour la ligne d’arrivée salué par quelques applaudissements discrets de ses courtisans. Jérôme sauta de son char et tomba dans les bras de Partenov. – Tu as perdu la tête, dit le Russe, ces applaudissements sont ta condamnation.

 

 

Editions LA BARTAVELLE – 2002

ISBN 2-87744-742-1

Prix public : 25,00 €

Ô saisons, Ô châteaux

Roman Yves de Mellis Ô saisons, Ô châteauxRésumé

Dans un salon désaffecté où on a entassé des portraits anciens,trois enfants rêvent aux aventures qu’ont connues leurs ancêtres et à travers quelques vieilles lettres tentent de les reconstituer. L’histoire se déroule d’abord dans le pays basque, à Bayonne où ils vivent, dans la région de Toulouse, dans le Gers près de Fleurance, dans le Tarn à Réalmont entre Albi et Castres où leur famille possède des propriétés, dans la région parisienne où leur mère a fréquenté pendant sa jeunesse les milieux littéraires de la génération symboliste. Elle va ensuite se dérouler aux différentes époques où ont vécu leurs ancêtres dont ils contemplent les portraits. Leurs parents leur ont surtout parlé des fonctions occupées par les personnages, représentées souvent par leurs uniformes et leurs décorations. Mais les enfants pensent que derrière ces uniformes et ces fonctions il y avait des personnages de chair et d’os qui avaient vécu, aimé, joui et souffert. A travers quelques lettres qu’ils découvrent dans le tiroir secret d’un secrétaire, ils essayent de retrouver leur personnalité et de reconstituer leurs aventures dans les différents lieux où ils ont vécu, avec quelques points de repère et beaucoup d’imagination, aussi bien au Québec sous Montcalm, qu’en Haïti au moment de la révolte des noirs, qu’au Maroc au dix huitième siècle, en Espagne et au Portugal au début du dix neuvième siècle. Pendant leurs vacances ils découvrent dans un château à moitié en ruine, habité par un oncle alcoolique et pittoresque, situé dans les environs de Toulouse, un manuscrit qui se présente comme un inédit de Balzac et qui a été déposé là par un de leurs grands oncles (le château existe toujours et le propriétaire a existé réellement, l’auteur n’a pas changé les noms, car il y eu dans ce château de Menville un drame qui a défrayé la chronique dans les dernières années de l’occupation et dont il est question dans le livre). L’aîné des garçons qui est devenu Normalien déchiffre le manuscrit à moitié rongé par les souris et le tape à la machine. L’histoire se passe à la cour de Louis Philippe où on retrouve des héros balzaciens. Nucingen, Rastignac, Vautrin entre autres et où fait son apparition une jeune homme qui ressemble beaucoup au futur duc de Morny. Les enfants devenus des jeunes hommes partent ensuite pour le Maroc où leur oncle possède un domaine et assistent, mêlés à la société marocaine de l’époque, aux dernières années et à la décomposition du protectorat. En fond de décor se déroule l’affrontement entre le Sultan et le Glaoui pacha de Marrakech, la déposition de Mohammed V remplacé par Arafa, les premières révoltes. Un certain capitaine Oufkir dont on parlera beaucoup par la suite fait son apparition. Trois ans plus tard le sultan revient occuper son trône Les propriétés des Européens qui doivent partir sont confisquées. C’est en arrivant à Arbaoua où se situait la frontière qui séparait le Maroc français du Maroc espagnol où personne ne leur demanda leur passeport où les poules nichaient dans les bureaux de l’ex-poste de douane que les jeunes gens réalisèrent vraiment que l’histoire du Maroc ne les concernait plus. Le personnage de la mère des enfants domine toute la première partie du livre. Elle est à la fois redoutée et admirée par ses enfants. Dans l’épisode marocain de nouveaux personnages féminins apparaissant, une ex princesse polonaise chirurgien à Casablanca, évadée d’un goulag soviétique, une riche juive, une Marocaine nièce du Glaoui. La mère reste elle-même, mais n’occupe plus le devant de la scène. Les enfants sont devenus des hommes.

Ô saisons, Ô châteaux Extrait N°1

- C’est l’appartement de la comtesse, s’exclama Raymond. Nous prîmes nos épées et toujours en chemise, car ce cri affreux ne permettait pas de délai, nous fîmes irruption dans l’appartement voisin. Les deux femmes terrifiées se serraient l’une contre l’autre. – Là, dit la comtesse en montrant la fenêtre, un homme énorme, avec une hache ! Raymond se précipita pendant que je faisais de mon corps un rempart au deux délicieuses et tremblantes créatures drapées dans le léger et transparent appareil de leurs vêtements nocturnes. Que ne suis-je peintre, pensais-je, que n’ai-je le pinceau de Madame Vigée-Lebrun pour immortaliser cette délicieuse scène qui restera toujours dans ma mémoire ! Raymond écarta les rideaux. – Je ne vois rien, comtesse. – Sans doute est-il parti dans ma chambre et rassurée par notre présence elle s’arracha aux bras de sa fille et mena Raymond dans la pièce voisine. Pour parer à toute éventualité je restais devant Inés, la main appuyé sur la garde de mon épée dans une attitude qui aurait pu être guerrière si je n’avais pas été en chemise. De la chambre voisine des bribes de conversation me parvenaient. – Vous n’y êtes pas, colonel, ce n’est pas là qu’il faut chercher… Vous approchez… vous approchez…Mais colonel que faites vous? un homme ne saurait se cacher sous ma chemise…. A ce moment la porte de la chambre claqua et je n’entendis plus rien. – Que se passe-t-il ? dis-je à Inès, mon oncle est peut-être en péril. – Peut-être, chevalier, mais un genre de péril qu’un homme de cœur ne saurait redouter. Détendez vous un peu, on dirait la statue du commandeur avant qu’il descende de son socle. Ainsi je me trouvais seul à une heure avancée de la nuit, dans la chambre de la plus jolie jeune fille que j’avais jamais connue. Je pouvais à travers la légèreté des tissus de ses vêtements de nuit deviner la perfection de ses formes. L’honneur seul m’interdisait de profiter de la situation et de lui ravir une virginité que la noblesse de son sang attestait certaine. De plus j’étais en chemise, situation assez ridicule pour jouer au séducteur et risquer une déclaration. Elle me jeta un regard rendu humide par une larme qui naissait à la commissure de l’œil, sans doute le contrecoup de l’émotion. – Ainsi, chevalier, vous êtes venu tout de suite à notre secours, sans prendre le temps de vous vêtir. – Madame, je vous prie d’excuser ma tenue. Seule l’urgence…. – Je n’avais jamais vu un Français en chemise. Savez vous qu’en Espagne les hommes sont plus élégants. C’est une étoffe assez grossière. Elle prit le bas de ma chemise, tâta l’étoffe et la souleva jusqu’à ses yeux, découvrant ainsi ce que je tenais à lui cacher et que sa présence et sa tenue avait mis dans les plus heureuses dispositions. – Madame, m’écriais-je, lâchez cette étoffe ou je ne réponds, de rien. – Qui vous demande de répondre, chevalier, dit-elle en souriant et elle se serra contre moi. – Nous roulâmes tous deux sur le lit qui était derrière elle. En un instant, j’oubliais les périls de Raymond, la mission, le prince d’Espagne et la reine du Portugal. J’entrais dans le paradis secret que m’offrait la plus adorable des créatures et je m’y ébattais, parcouru d’ondes de volupté, maître de ce corps, dieu de cette âme, empereur de cette terre de rubis, d’émeraude, de velours, essayant de prolonger jusqu’au point le plus extrême cette possession à la quelle, comme dans un feu d’artifice, mettrait fin l’éblouissement final. Ce fut une nuit de délire. Inés s’offrait à moi et renouvelait son offre et seul l’épuisement de mes moyens mit fin à cet enlacement divin. Raymond de son côté ne perdait pas son temps car à travers la cloison, j’entendais des gémissements qui semblait indiquer l’adhésion de la victime à un raffinement de tortures. La comtesse ne devait pas savoir si elle était au plus profond de l’enfer ou au sommet du paradis. Au petit jour le sommeil me gagna et je m’endormis dans les bras d’Inés, ma joue contre son sein comme un nourrisson reconnaissant et apaisé. Le réveil fut cruel. Raymond me frappait du plat de son épée. – Nous devons être à Lisbonne ce soir et le soleil déjà ruisselle sur la forêt. J’espère que tu as bien dormi. – Guère plus que toi, mon oncle, la cloison est mince et si j’en jugeais aux soupirs de la comtesse, tu la besognais ferme. Je dirai même que cette verdeur m’a surpris à ton âge, avec tes rhumatismes et le souvenir d’Artémise. – Cesse de parler de mon âge mon neveu ou je te déshérite.

Ô saisons, Ô châteaux Extrait N°2

- Restez ou vous êtes, Raymond, mon autre oreille est très sensible et souffre aux vibrations de votre voix. Vous lisez mieux quand vous êtes bien assis. Chaque jour je me promettais d’être plus hardi, le lendemain, de pousser plus loin mon avantage, une nouvelle tentative me renvoyait dans mon fauteuil. Le sofa semblait une forteresse entourée d’un rempart invisible qui en interdisait l’accès. Avant hier le 8 Septembre, jour à jamais béni, jour à jamais maudit, j’avais décidé de passer outre à cette résistance, tout au moins de conquérir une place sur le sofa puisqu’en amour, rien ne peut se faire de loin et que la proximité permettait des effleurements, peut être des caresses dont la seule pensée m’enivrait. J’avais choisi une lecture tirée de Gil Blas, les amours de Don Luis Pacheco et d’Aurore de Gusman qui me paraissait convenir pour préparer le terrain. J’en étais au passage suivant : « Elle ne se contenta pas de le tirer de son erreur, elle avoua la faiblesse qu’elle avait pour lui, les démarches qu’elle avait faite pour l’amener au point où elle le voyait enfin rendu ». Je vis que ma belle cousine avait les yeux pleins de larmes et je me levais de mon fauteuil pour profiter de cet instant de faiblesse, quand la porte s’ouvrit brusquement et Lévis qui n’avait pourtant pas l’habitude d’entrer sans frapper se précipita dans la pièce sa perruque en désordre et les yeux hagards. – Qu’y a t’il, chevalier, dit d’une voix hautaine Artémise, peu habituée à ce style d’entrée en matière. – Il y a, marquise, que le gouverneur votre mari vient de m’ordonner de rendre Montréal aux Anglais et d’en remettre les clés au général Jeffery Amherst, celui-la même que j’ai rossé à Sainte Foy. j’ai eu peine à contenir mon envie d’embrocher le marquis. Seule la pensée que vous pourriez vérifier s’il est dans son bon sens et lui faire rapporter cet ordre m’a retenu. Artémise se leva, très pâle. – Je vais le voir dans l’instant. Attendez moi tous deux ici. Nous attendîmes tous deux en silence pendant une longue heure. La situation était trop grave pour hasarder quelques propos.Artémise revint encore plus pâle. – J’ai tout essayé, chevalier dit elle. Le marquis assure qu’il a des dépêches récentes. La guerre approche de sa fin. Il n’est pas question de nous envoyer des renforts. Le roi serait décidé à laisser « La nouvelle France » aux anglais en échange d’autres avantages en Europe. Dans ces conditions il est inutile de faire tuer des soldats pour défendre une ville qu’un traité nous ôtera. – Mais s’écria Lévis, posséder la ville au moment du traité c’est posséder un gage qui permettra de mieux négocier et peut être de la garder. Si les Anglais la veulent il faudra qu’ils viennent la prendre et même sans renfort nous pouvons tenir des années. Certaines colonies anglaises commencent à trouver lointaine et pesante l’autorité du roi Georges. S’ils cherchent à s’en affranchir nous aurons des alliés. – Chevalier, je vous le dis la mort dans l âme, la décision du gouverneur est irrévocable. Il est ici dépositaire de l’autorité du roi. Si vous l’embrochez c’est un acte de rébellion. Vous serez jugé par des magistrats qui pensent que la nouvelle France c’est quelques arpents de neige sur les quels des tribus de Huron et d’Iroquois s’occupent à se scalper mutuellement. Leur jugement, comme toujours, sera dicté par l’intérêt du pouvoir et le souci de leur carrière. Vous finirez décapité ou croupirez à la Bastille. Vous avez une belle carrière devant vous, chevalier. Maurice de Saxe n’est plus là, Montcalm n’est plus là, Soubise s’est couvert de ridicule. La voie est libre pour vous, vous finirez duc et pair et maréchal de France. – Madame, dit le chevalier, que feriez vous à ma place. – Si j’étais le gouverneur, j’affronterai la colère du roi pour lui garder une province, si j’étais le chevalier de Lévis, je garderai à mon pays, qui en aura grand besoin, le seul bon général qui lui reste. – Hélas, madame, que n’êtes vous le gouverneur! Vous avez régné ici par votre beauté mais vous étiez digne de le faire par votre courage. C’est à vous seule que je rend mon épée que vous pourrez faire parvenir au général anglais, vous seule êtes digne de la recevoir. Nous allons abandonner ici nos fils comme en Acadie. Nous laissons une race vigoureuse venue de nos provinces et avec qui les Anglais devront compter. Un jour peut-être nos arrières neveux les chasseront d’ici comme la pucelle les a chassé de France. Alors la Fleur de lys flottera à nouveau sur ces remparts, ce pays redeviendra « La Nouvelle France » et je frémirai d’aise dans mon tombeau. Il déposa son épée sur la table et sortit en fermant, cette fois discrètement, la porte. – Continuez votre lecture, dit Artémise d’une voix altérée.  » Don Luis ne fut pas moins charmé que surpris de ce qu’il entendit. Il se jeta aux pieds de sa maîtresse et lui dit avec transport « Ah! belle Aurore; croirai-je en effet que je suis l’heureux mortel pour qui vous avez eu tant de bonté » Joignant le geste à la parole, je me jetais au pied d’Artémise écartant la table qui nous séparait « Un éternel amour ne saurait assez les payer » Ma cousine resta un instant rêveuse. – Relève-toi Raymond, dit elle enfin, je n’ai plus de honte à te le dire. Je t’ai aimé enfant, adolescent et je t’aime encore aujourd’hui. Les liens par lesquels mon père m’a unie à Vaudreuil ont été pour moi des chaînes. Sans ce qui s’est passé aujourd’hui, tu n’en aurais jamais rien su. J’étais la femme du gouverneur, j’avais épousé cette belle province et je devais être au dessus de tout soupçon. Je ne pouvais exiger des femmes de ce pays la vertu et vivre dans l’adultère. Je me refusais à toi par amour pour ce peuple. Aujourd’hui la lâcheté de Vaudreuil me rend libre. Je ne serai plus jamais la femme de cet homme. Même s’il m’est impossible de rompre les liens du mariage, jamais je ne dormirai dans son lit. Jamais je ne lui ferai d’enfant à qui je ne pourrai cacher la honte de leur père. Je suis à toi tant que tu voudras, tant que tu voudras de moi.

 

 

Editions LA BARTAVELLE – 2001

ISBN 2-87744-682-4

Prix public : 24,40 €

 

 

Un mal qui répand la terreur

Roman Yves de Mellis Un mal qui répand la terreurRésumé

Les grandes peurs de l’humanité : La lèpre, la tuberculose, la syphilis étaient rangées dans l’armoire aux accessoires. Dieu était mort entraînant dans sa tombe morale, châtiments et malédictions. L’homme, orphelin des grands mythes connaissait l’anxiété de cette liberté sans frontière. La crainte ancestrale du châtiment n’était pas morte en lui. L’apparition du Sida fut un lâche soulagement. Elle marquait les «réprouvés» et les séparaient des «justes» dont la conscience était à nouveau en paix. L’auteur, Yves de Mellis, prix « TABOU » pour son précédent ouvrage « Qui te rend si hardi ? » imagine une mutation du virus, cause d’une effroyable épidémie. Des grands singes éduqués par l’homme et insensibles à la maladie y voient l’occasion de prendre la relève de la race humaine. Un couple que le hasard a formé engage la lutte contre le ferment de destruction que l’humanité porte en elle et dont le virus n’est qu’une des manifestations. Ce livre a été écrit en 1987. Depuis l’épidémie s’est développée sous d’autres formes et la chute du mur de Berlin a changé la face du monde. Mais les mythes sont éternels.

Un mal qui répand la terreur Extrait N°1

Le train roulait à travers la campagne. Il allait vite mais son allure était si régulière que dans la monotonie du décor, il semblait immobile. Les pins couraient au devant de lui et un vent léger inclinait leurs cimes à son passage. Les poteaux électriques se bousculaient devant les glaces cependant que les fils montaient et descendaient comme des marionnettes déplacées par un opérateur invisible. Le médecin-colonel Etchemendi s’étira avec un grognement. Ses jambes rencontrèrent celles d’une robuste dame dont l’allure simiesque éveilla chez lui une répulsion irraisonnée. Elle sourit. Il se sentit mal à l’aise, maudissant les voitures corail de la SNCF et regrettant les compartiments qui permettaient de choisir ses têtes avant de s’enfermer dans leur univers clos où très vite s’établissaient pour quelques heures des liens quasi familiaux. A Londres ils furent surpris du changement physique de la population. Les Anglais de souche sans doute plus sensibles au virus avaient presque tous disparu. D’Oxford street aux banlieues éloignées, on ne voyait que des visages basanés ou colorés.. La famille royale avait été emportée par l’épidémie. Il n’était resté que le fils d’une princesse, mariée à un milliardaire arabe. Un prince Wahhabite occupait maintenant le trône de Richard cœur de lion. Quand ils passèrent devant Buckingam palace, ils virent que la relève de la garde se faisait toujours selon le même rythme mais les ordres tombaient de la bouche d’un officier venu de Mésopotamie….. Ils furent aussi étonnés par la saleté et le désordre qui régnaient dans les rues. Les poubelles n’avaient pas été vidées depuis plusieurs semaines et les trottoir étaient encombrés d’immondices sur lesquels s’agitaient des rats.…. Autour de Trafalgar square on voyait des bonimenteurs, des charmeurs de serpent, des danseurs noirs, des joueurs de tambourin.

Un mal qui répand la terreur Extrait N°2

Pas d’extrait disponible.

 

 

Editions Barré & Dayez -1988

ISBN 2-902484-09-7

Épuisé, réédité par la Bartavelle

Qui te rend si hardi

Roman Yves de Mellis Qui te rend si hardiRésumé

Pas de résumé disponible.

Qui te rend si hardi Extait N°1

Pas d’extrait.

Qui te rend si hardi Extait N°2

Pas d’extrait.

 

 

Editions du SCORPION – 1966

Epuisé