Lucile ou le temps d’aimer

Roman Yves de Mellis Lucile ou le temps d'aimerRésumé

Michel est élevé par ses grands-parents à Flossinge, une propriété située dans l’Occitanie du Languedoc et d’Albi en pays cathare. Lucile qui porte le même prénom que la soeur de Chateaubriand, est de quelques années plus âgée que lui, et habite une propriété voisine. Une amitié passionnée ne tarde pas à naître mais Lucile est une adolescente et Michel un enfant. A son grand désespoir, Lucile se marie avec Anselme, l’oncle de Michel, un bel officier aussi brillant que creux. Sophie, une lointaine cousine allemande chassée par l’occupation russe se réfugie à Flossinge. Sophie est aussi brillante et sensuelle que Lucile est réservée et mystique. Elle devient la maîtresse de Michel qui pourtant ne cesse d’adorer la trop vertueuse Lucile. Anselme remercié par l’armée sombre dans une folie mélancolique et tire sur Michel au cours d’une partie de chasse. Lucile est sur le point de céder à Michel quand Anselme met le feu à Flossinge. Lucile préfère tuer Anselme que de le voir interné comme fou. Après ce crime, Lucile ne peut plus être à Michel et s’éloigne dans la nuit Mais le personnage le plus important du livre est Flossinge en Occitanie du Languedoc et d’Albi dans le pays cathare, ses forêts, ses collines, ses vallons.


Lucile et Michel habitent dans le Languedoc deux propriétés voisine et jouent souvent ensemble. Lucile est la plus âgée et elle a le même prénom que la soeur de Chareaubriand et comme elle, Lucile a un caractère mystique car elle vit sur une terre aux
confins de la montagne noire marquée par les hérésies catahres, albigeoises, et huguenotes.
Lucile se marie avec un officiers de Spahis, Anselme qui  part dans le sud marocain.
Revenue en France Lucile retrouve Michel et Sophie une lointaine cousine d’une famille exillée en Allemagne lors de l’édit de Nantes

Lucile comme la soeur de Chateaubriand, héroïne d’un roman d’amour  dans l’Occitanie
du Languedoc et d’Albi en pays cathare
et sa cousine Sophie nièce du Kaïser Guillaume II

Lucile ou le temps d’aimer Extrait N°1

Dans la cuisine de Flossinge qui tenait la moitié du rez‑de‑chaussée de la maison, un régiment aurait pu prendre place autour de la table en fer à cheval. Sur le banc de bois rugueux qui la contournait, je vis à l’autre bout de la pièce une forme toute rose et blanche dans des vêtements vaporeux où tout n’était que profusion de chair nacrée et de dentelle immaculée. De cette mousse blanche et capiteuse émergeait comme une fleur la tête blonde de Sophie. Elle était assise à l’extrémité du banc qui rentrait dans le manteau de la cheminée et éparpillait la braise pour faire griller du pain. La braise était d’un rouge ardent, le pain noircissait rapidement et Sophie comme une corolle blanche s’inclinait sur le tout. Je n’avais jamais vu dans Flossinge matinal un aussi gracieux tableau et je baisais la joue parfumée qu’elle ne tendit sans détourner ses yeux de la braise. J’étais heureux de la trouver là, renouvelant pour moi un décor que je croyais immuable ; je m’assis à côté d’elle, nous avions tous deux vingt ans, nos corps étaient frais dans le matin léger et frileux; pour la première fois depuis mon arrivée j’oubliai le sortilège qui semblait peser sur Flossinge. Nous avions des miches de pain rondes et craquantes qui donnaient de larges tranches. Enfant, je descendais souvent subrepticement à la cuisine pour les faire griller et les manger pleines de beurre fondant. Je devais en principe manger à la salle à manger, mais les tartines y arrivaient refroidies et sèches au lieu d’être moelleuses, les pores de la mie tout imbibés de beurre à demi fondu. Grand-mère les mangeait ainsi, dures, les faisant craquer comme des cailloux, avec du thé, sans doute parce que cela faisait anglais et que tout ce qui était anglais n’était pas discutable, car dans son esprit, il ne vivait dans ce pays que des gentlemans pleins de distinction. Elle pensait de même que tous les Italiens étaient maçons et tous les Espagnols ouvriers agricoles. Elle connaissait cependant, chez les Espagnols des gens très remarquables, comme les Medina‑Celi qui étaient nos voisins l’été sur la côte basque, mais alors ils avaient toujours le genre anglais. Mais si je n’avais pas d’avis sur les Anglais, j’avais horreur du thé, aussi ces acomptes sur les braises de la cheminée avaient pour moi une saveur d’autant plus grande qu’ils faisaient partie des choses interdites. J’avais depuis longtemps oublié cette odeur de beurre chaud et de pain rôtissant sur la braise. Les gestes de Sophie ébranlaient dans ma mémoire ces zones subconscientes où sont concentrés les souvenirs…

Lucile ou le temps d’aimer Extrait N°2

« Lucile, dis‑je, je vais partir demain comme tu le veux, je ne te reverrai plus puisque tu le veux ainsi. Depuis plus de dix ans nous nous aimions, nous parlions des choses simples, de la faim, du sommeil, des récoltes, nous avions le temps devant nous, mais maintenant nous allons nous séparer et il me semble que nous ne nous sommes jamais dit l’essentiel. Rappelle‑toi ce cousin de mes grands-parents qui, se rendant compte qu’il allait mourir, dit à sa femme « il y a quarante ans que nous sommes mariés, dans cinq minutes ce sera fini, c’est dommage, il nous restait tant de choses à nous dire. » Je voudrais trouver une phrase qui résume tout, la robe que tu avais le premier jour, les parties de chasse, les bains, les voyages dans la Ford, les promenades dans la forêt, je voudrais te dire combien j’étais malheureux tel jour où tu avais la fièvre, combien j’ai attendu ta guérison, combien je suis possédé de toi, tout entier, et que nul prophète ne pourra m’exorciser. Chaque soir, je verrai tes yeux, je sentirai la caresse de ton souffle, l’odeur de ta peau. Ne te voyant plus je vivrai dans mon passé, je referai le compte de ces instants, de tes gestes, de tes paroles, de tes vêtements, de tes vêtements d’été, de tes vêtements d’hiver. Lucile m’avait écouté sans mot dire. Elle tourna sa tête vers moi, ses yeux étaient humides, ses longs cheveux noirs à moitié dénoués par le vent. Je la pris dans mes bras, et pressais ses lèvres contre les miennes. « Michel, je t’ai fui parce que je savais que si tu restais, je n’aurais plus le courage de résister. Aujourd’hui je suis montée sur le Lavandou, j’ai demandé au ciel une chance. Je lui ai dit que j’avais tout fait pour tenir ma parole et que je m’étais torturée moi‑même avec la plus tenace patience, que je te laisserais partir sans un geste, mais que si jamais tu venais me chercher ici avant le coucher du soleil, j’y verrais le signe de son indulgence envers notre amour. Le soleil n’est pas couché, à l’heure où sonnait l’angélus, je t’ai vu surgir de la lavande. Le ciel m’a donné le signe que je lui demandais. S’il ne m’en donne aucun autre avant que le soleil soit complètement couché, je serais à toi pour la vie et un jour tu me diras aussi : »il y a quarante ans que nous nous aimons et il nous reste tant de choses à nous dire. » Le soleil allait disparaître à l’horizon, mus avions devant nous des siècles d’amour. Nous étions enfin l’un devant l’autre après ces longs détours, après nous être meurtris jusqu’à la limite de nos forces. Rien n’existait plus pour nous que cet instant. Le corps de Lucile s’offrait au mien sans honte avec une sorte de hâte avide d’apaiser une soif conçue aux jours lointains de nos premiers baisers. Elle aurait voulu m’offrir plus encore qu’elle même. Je serrais dans mes bras ce corps dont j’avais rêvé pendant des années. Moi qui nourrissais mon attente de baisers fraternels, de sourires, en qui je voulais voir des promesses, moi qui avais limité mes exigences à la voir quelques minutes par jour, j’étais ivre de mon pouvoir sur ce corps qu’hier je rêvais seulement à peine d’émouvoir. Je découvrais sa gorge et sa jeune souplesse, il s’était isolé de moi comme à l’intérieur d’un cercle magique et maintenant je régnais sur son souffle, son émoi, son abandon. J’ai su à cet instant là qu’il existait un univers de plénitude et de bonheur où je pouvais accéder. Lucile me souriait, son visage était contre le mien, ses pupilles agrandies par l’ombre reflétaient le bleu crépusculaire du ciel. Sur un horizon bleu comme la mer, le soleil achevait de mourir. Le vent était tiède, les genêts odorants par vague s’inclinaient jusqu’à nous, des vols d’oiseaux glissaient vers le sud. Les mains serrées sur notre bonheur, nous retenions ces instants qui glissaient comme les oiseaux dans le ciel. Je devinais dans les yeux de Lucile une secrète inquiétude. Elle s’arracha à mes bras et se mit debout. Le soleil venait de disparaître, un froid subit recouvrit la terre et un grand coup de vent balaya les genêts souples. Un autre incendie avait remplacé le soleil. Au milieu de ses bois Flossinge brûlait. Le coup de vent rabattit un instant la fumée sur nous. La maison n’était pas à un kilomètre à vol d’oiseau et nous entendions déjà le crépitement de la flamme. Lucile s’appuya sur moi « C’est Anselme dit elle. Depuis ton accident, il rêve de flammes, il veut se punir, se détruire, partir avec ce qui l’entoure. » Elle un geste de désespoir. « Pardonne-moi Michel, nous ne pouvions être heureux. J’interprétais les signes du ciel pour excuser ma faiblesse mais il m’en envoie d’autres que je ne saurais méconnaître, tu le vois bien, tout est impossible entre nous. » Elle avait à peine fini cette phrase qu’elle disparut dans les genêts, descendant la colline à toute la vitesse de ses jambes. « Lucile, criai je, songe, qu’il y a un instant à peine, nous étions heureux. »

Michel est élevé par ses grands-parents à Flossinge, une propriété située dans le Languedoc. Lucile, de quelques années plus âgée que lui, habite une propriété voisine. Une amitié passionnée ne tarde pas à naître mais Lucile est une adolescente et Michel un enfant. A son grand désespoir, elle se marie avec Anselme, l’oncle de Michel, un bel officier aussi brillant que creux. Sophie, une lointaine cousine allemande chassée par l’occupation russe se réfugie à Flossinge. Sophie est aussi brillante et sensuelle que Lucile est réservée et mystique. Elle devient la maîtresse de Michel qui pourtant ne cesse d’adorer la trop vertueuse Lucile. Anselme remercié par l’armée sombre dans une folie mélancolique et tire sur Michel au cours d’une partie de chasse. Lucile est sur le point de céder à Michel quand Anselme met le feu à Flossinge. Lucile préfère tuer Anselme que de le voir interné comme fou. Après ce crime, elle ne peut plus être à Michel et s’éloigne dans la nuit Mais le personnage le plus important du livre est Flossinge, ses forêts, ses collines, ses vallons.

Michel est élevé par ses grands-parents à Flossinge, une propriété située dans le Languedoc. Lucile, de quelques années plus âgée que lui, habite une propriété voisine. Une amitié passionnée ne tarde pas à naître mais Lucile est une adolescente et Michel un enfant. A son grand désespoir, elle se marie avec Anselme, l’oncle de Michel, un bel officier aussi brillant que creux. Sophie, une lointaine cousine allemande chassée par l’occupation russe se réfugie à Flossinge. Sophie est aussi brillante et sensuelle que Lucile est réservée et mystique. Elle devient la maîtresse de Michel qui pourtant ne cesse d’adorer la trop vertueuse Lucile. Anselme remercié par l’armée sombre dans une folie mélancolique et tire sur Michel au cours d’une partie de chasse. Lucile est sur le point de céder à Michel quand Anselme met le feu à Flossinge. Lucile préfère tuer Anselme que de le voir interné comme fou. Après ce crime, elle ne peut plus être à Michel et s’éloigne dans la nuit Mais le personnage le plus important du livre est Flossinge, ses forêts, ses collines, ses vallons.

Editions LA BARTAVELLE – 2005

ISBN 2-87744-799-8

Prix public : 19,00 €

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